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Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 13:32

J'ai quelque peu délaissé ce blog ces derniers temps mais je continue mon travail de réflexion. Des articles viendront dans quelques temps, le temps que mes idées se mettent en forme.

 

Je suis plongée dans les livres de Judith Butler "pour de bon" ces dernières semaines et je pense qu'il me faut un peu de temps pour digérer et trier mes questionnements pour les formuler.

 

En attendant, Marie-Anne Paveau a eu la bonne idée de partager sur Twitter deux articles fort intéressants issus du Journal des Anthropologues:

Existe-t-il des psychanalystes lesbiennes? de Lionel Le Corre

Psychanalyse et Anthropologie aujourd'hui, une question de genre. de Richard Rechtman et Laëtitia Atlani-Duault

 

A bientôt!

 

Par Poï Poï Poï
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Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 22:28

Voici un article issu de la conférence inaugurale de la Queer Week intitulée "Judith Butler pour les nuls" qui me donne à réfléchir à propos des gender studies et de la psychanalyse.

 

 

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En voici un extrait sur lequel j'aimerais réfléchir: (vous pouvez consulter l'excellent article dans son intégralité sur les gargarismes du scribe)

 

 

"Par exemple, le sujet occidental est typiquement constitué, à l’origine même, par la forclusion de l’homosexualité. Le fondement de ma subjectivité, c’est que je suis homme ou femme, et la conséquence première de cet axiome est que je ne peux pas désirer le même sexe. Ce qui me constitue en tant que moi est cette forclusion, alors même que je n’ai pas encore de rapport discursif à ce signifiant. L’assignation à un sexe implique forcément l’assignation à une sexualité.

Freud postulait une bisexualité constitutive, mais incluait dans sa théorie une bicatégorisation fondamentale homme / femme pour construire son complexe d’Oedipe. Or, selon Butler, le premier tabou n’est donc pas l’inceste mais bien l’homosexualité, puisqu’on suppose toujours que le petit garçon doit être attiré par la mère et la petite fille par le père.

C’est d’ailleurs cette forclusion qui serait à l’origine d’une certaine “mélancolie” hétérosexuelle et d’une haine des individus soit qui ne performent pas assez le genre, soit qui ont des sexualités non hétérosexuelles. L’existence de toute déviance de la norme, de tout ce qui existe en dehors du « pacte symbolique » hétérosexuel normatif, constitue une attaque qui menace de psychose le sujet qui se raccroche à la norme." 

Je vais y penser et y revenir, vos commentaires sont évidemment souhaités et bienvenus pour m'aider à avancer.

 

Ps: la conclusion de l'article aussi appelle à discussion et réflexion: 

 

"c’est quand nous nous voulons à tout prix « un », n’acceptons pas l’altérité et la diversité intra-subjective que nous sommes susceptibles de devenir violents avec les autres - comme avec nous-même."

Par Poï Poï Poï
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Mardi 28 février 2012 2 28 /02 /Fév /2012 10:53

Un article pour tordre le cou aux idées reçues sur la psychanalyse concernant l'homosexualité, notamment cette idée que la psychanalyse aurait eu pour vocation de guérir les homosexuels de leur état. C'est un gros contre sens quand on étudie la pensée freudienne et ce qui a fondé la psychanalyse: la théorie des pulsions.

 

Dans ses Trois Essais sur la Théorie Sexuelle, Freud nous enseigne que l'important n'est pas l'objet mais la pulsion.

Autrement dit, peu importe l'objet qui sert à la satisfaire, ce qui compte est la pulsion sexuelle. Ce qui poserait problème, et qu'on peut ap(peler perversion, c'est la "soudure" de la pulsion à son objet. Cela veut dire, qu'il n'y a pas de plaisir possible hors de cet objet la en particulier (objet étant à entendre chez Freud comme une personne, une partie de corps, ou un objet tangible particulier)

Ainsi donc pour Freud, il faut redéfinir la perversion, car à l'époque on naturalise la sexualité et on classifie tout. Pour lui, ces classifications sont à traiter par l'absurde, car la sexualité humaine en elle même est une perversion. C'est la subversion des instincts de procréation pour un gain de plaisir. Donc si on réfléchit bien, nous dit Freud, tout ce qui ne serait pas coït hétérosexuel en vue de procréer est une perversion. Donc même, insiste-t-il, si le plus important c'est le contact des parties génitales, on pourrait classifier le baiser comme la pire des perversions dans la mesure où il est la mise en contact de deux tubes digestifs. Voilà qui donne à réfléchir en 1905! Il est question tout de même de décloisonner la sexualité et d'en faire une matière vivante et subversive, à l'encontre de l'idéologie médicale de l'époque. C'est assez révolutionnaire pour être noté.

Il ajoute dans une note de 1915 une mise au point sur l'homosexualité qui enfonce le clou:

 

"La recherche psychanalytique s'oppose avec la plus grande détermination à la tentative de séparer les homosexuels des autres êtres humains en tant que groupe d'une nature spécifique. En étudiant aussi d'autres excitations sexuelles que celles qui sont affichées de façon manifeste, elle apprend que tous les êtres humains sont capables du choix d'objet portant sur le même sexe et qu'ils ont également effectué celui-ci dans l'inconscient. En effet, les liaisons de sentiments libidinaux à des personnes du même sexe ne jouent pas, en tant que facteurs de la vie d'âme normale, un moindre rôle que celles qui s'adressent au sexe opposé, et elles en jouent un plus grand en tant que moteurs de l'entrée dans la maladie. Pour la psychanalyse, ce sont bien plutôt l'indépendance du choix d'objet par rapport au sexe de l'objet, la liberté de disposer également d'objets masculins et féminins - telle que l'on peut observer à l'âge d'enfant, dans les états primitifs et aux tous premiers temps de l'histoire - qui apparaissent comme étant l'élément originel; ce à partir de quoi se développent par restriction d'un côté ou de l'autre, aussi bien le type normal que le type de l'inversion. Au sens de la psychanalyse, l'intérêt sexuel exclusif de l'homme pour la femme est donc aussi un problème ayant besoin d'être éclairci, et non pas une chose allant de soi et sous laquelle se trouverait une attraction au fond chimique." S. FREUD, Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), note de 1915 p.20/45 GW.

 

La question du choix d'objet sexuel se pose pour tout le monde du point de vue de la psychanalyse. Rappelons nous que la sexualité nait de la sensualité pour Freud. Les pulsions s'originent dans le corps, en différentes zones que Freud nomme "hystérogènes" dans les Etudes sur l'hystérie; il les nomme "érogènes" par la suite. Pour Freud, toute zone pouvant procurer du plaisir est possiblement utilisable dans la sexualité humaine. La question de la perversion ne se pose ni à propos de la zone corporelle ni à propos de la personne. Le problème c'est la fixation à un unique objet, pour une pulsion univoque qui appauvrit le sujet. Et c'est là qu'il envisage une intervention de la cure psychanalytique, pas dans le cas de l'homosexualité. 

Freud exprime ses vues de façon très claire dans une lettre datant de 1935, alors qu'il répond à une mère qui lui demande ce qu'il peut pour son fils homosexuel:

 

"L'homosexualité n'est évidemment pas un avantage, mais il n'y a là rien dont on doive avoir honte, ce n'est ni un vice ni un avilissement et on ne saurait la qualifier de maladie, nous la considérons comme une variation de la fonction sexuelle... Plusieurs individus, hautement respectables, des temps anciens et modernes ont été homosexuels et, parmi eux, on trouve quelques uns des plus grands hommes... C'est une grande injustice de persécuter l'homosexualité comme un crime - et c'est aussi une cruauté... En me demandant s'il m'est possible de vous venir en aide, vous voulez sans doute savoir si je puis supprimer l'homosexualité et faire qu'une hétérosexualité normale la remplace... Ce que la psychanalyse peut faire pour votre fils se situe à un niveau différent. S'il est malheureux, névrosé, déchiré par les conflits, inhibé dans sa vie sociale, alors la psychanalyse peut lui apporter l'harmonie, la paix de l'esprit, une pleine activité, qu'il demeure homosexuel ou qu'il change."

 

Alors voilà, Freud en était là en 1935... Ce n'était pas un militant homophile, c'était un scientifique bourgeois. Bien évidemment ces extraits ne sont pas des éléments de théorie queer ou de discours antisexistes. On ne trouvera pas ça chez Freud, et ça serait assez inattendu historiquement parlant. Pour autant, je trouve que ça donne une idée du niveau de subversion intellectuelle si on le replace dans son contexte médical (la classification des perversions donc...) et que ça n'est pas à minimiser. 

Bon et les psychanalystes, ils en sont où en 2012?

Par Poï Poï Poï
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 13:50

Je suis ravie d'apprendre que la nouvelle édition de la Queer Week de Science Po Paris va accueillir Marie Hélène Bourcier pour une conférence sur les rapports qu'entretiennent Queer, Féminisme et mouvement de lutte LGBT.

[Si vous ne connaissez pas les travaux de Marie Hélène Bourcier, je vous renvoie vers cette page wikipedia fort intéressante et bien remplie.]

Les infos pour la conférence sont disponibles sur le site de la Queer Week:

Conférence “Queer Theory, féminisme et mouvement LGBT: convergences et divergences”

Le mouvement queer, qui apparaît au début des années 1990, est souvent considéré comme la “petite soeur” du mouvement LGBT et/ou du féminisme. Pourtant, si ces tendances se retrouvent sur de nombreux sujets, la théorie queer a bien souvent bousculé, jusqu'à parfois entrer en conflit, avec les mouvements LGBT et féministes. Pour cette dernière journée de la Queer Week, il nous semblait donc intéressant de revenir sur ces questions, et d’interroger les rapports qu’entretiennent les trois mouvements, par le biais d’un débat qu’entreprendront nos intervenants.

Avec Marie Hélène Bourcier, sociologue, militante queer auteur de “Queer Zones”, maître de conférence à l'université Lille III
Didier Lestrade, co-fondateur d’Act Up Paris, auteur de “Pourquoi les gays sont passés à droite” et “Act Up, une histoire”
Discutant Luca Greco, maître de conférence en sociolinguistique à l'université Paris III, recherches en queer studies

 

C'est Jeudi 8 Mars de 19h15 à 21h15 à Science Po Paris.

Par Poï Poï Poï
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 10:03

Conférence à écouter ici.

 

Comment peut-on être hétérosexuel? La question est provocatrice mais sérieuse.

 

L'idée de Tin est de faire un objet scientifique de la culture hétérosexuelle et d'interroger les valeurs qui la célèbrent autour de l'amour et du couple, notamment. Mariage, amour, famille: l'hétérosexualité est le point de vue (quasi) unique envisagé par la masse, et cela fait de l'hétérosexualité un "point aveugle" dans la mesure où elle n'est jamais interrogée en elle-même. Le but de Tin est de rendre visible ce qui est occulté.

 

Tin questionne donc l'hétérosexualité comme un objet social, non pas dans un point de vue de "c'est la nature" mais dans l'idée que l'hétérosexualité s'inscrit dans l'histoire de l'humanité. Il rappelle que le couple homme/femme n'est pas nécessairement une référence sociale privilégiée dans toutes les civilisations. Les relations sexuelles sont importantes pour l'espèce et la transmission mais elles sont nécessaires et secondaires: on ne les célèbre pas, on ne les écrit pas, on ne les représente pas. Sont-elles dignes d'être célébrées par la culture?

 

Avec la littérature courtoise arrive en Occident le culte de la Femme et donc la ségrégation du couple homme/femme. Il y a eu des résistances à cette culture hétérosexuelle: elles sont issues de la société féodale, de l'Eglise et de la médecine.

 

En premier lieu, celles de la société féodale: les chevaliers sont au premier plan. Un monde d'hommes entre eux, où les femmes ne sont pas au premier plan dans la littérature chevaleresque, les chansons de gestes célébrant les hauts faits des guerriers accompagnés de leur ami. L'amitié héroïque est célébrée. Tin met en avant les résistances des commentateurs contemporains à voir ce qui est exprimé. Pour Tin, les chevaliers d'alors sont pris dans un double bind à l'arrivée de la culture courtoise: soit ils se mettent au service des femmes et l'on peut leur trouver un côté efféminé, soit ils restent entre eux, entre hommes, et font la guerre, mais on les soupçonne d'être des sodomites. Sodomite et efféminé sont les caractéristiques envisagées par la culture du XXème siècle pour décrire "l'homosexuel" mais sont tout à fait contradictoires à l'époque. Apparaît la question de la virilité. On ne peut pas être tout à fait chevalier en étant courtois. Dès lors que la culture courtoise prend le dessus, le conflit entre ces deux éthiques est résolu jusqu'au Moyen-Âge. Deux héros amis sont mis en avant dans la geste pantagruelique et l'ambivalence vis à vis des femmes demeure. De même dans Don Quichotte: il y a toujours cette tension entre la culture des chevaliers hommes entre eux et la culture courtoise. Mais la société de cour sous Louis XIV réclame des littératures plus sentimentales. "Les dames le demandent." L'opposition mâle, homme, guerre, noblesse VS galanterie, femme, sentiments apparaît chez Corneille. Racine au contraire met l'amour au centre de la tragédie. C'est pour Tin une tension caractéristique. La chevalerie ne s'oppose plus à la mode de l'amour homme/femme

 

L'éthique de la religion chrétienne se fonde sur le célibat. Le message charismatique de Jésus convainc les hommes de quitter femme et enfant. Le mariage est considéré comme un pis-aller. Si on est torturé par la chair et qu'on ne peut se consacrer à Dieu, alors il vaut mieux se marier. La séparation des sexes dans les monastères en découle: il faut pouvoir consacrer sa chasteté à Dieu. "Les noces peuplent la terre, les vierges peuplent le paradis." L'éthique courtoise a été condamnée par l'Eglise dans un premier temps. Mais la tradition s'est implantée. L'Eglise a donc encadré ce qu'elle ne pouvait supprimer et a fait du mariage un sacrement. L'idée est d'encadrer la célébration de la chair sous les auspices de Dieu. Les règles conjugales sont instaurées par l'Eglise désormais. Ce qui fonde l'autorité du pouvoir spirituel est la capacité à dominer sa chair. Mais dès lors que la mariage est un sacrement et le célibat du clergé un sacrement aussi, qu'en est-il du statut de la sexualité dans le fondement de l'autorité de l'Eglise? Le mariage serait le sacrement le moins "digne" alors? Mais Adam et Eve? Ils étaient mariés, les parents de Jesus aussi, le contraire serait impensable... Finalement, le mariage a une dignité ambigue. On demande aux poètes de remplacer le culte de la Dame par le culte de Notre Dame: Marie. La poésie hétéro n'est plus sexuelle. L'amour chaste de Marie est au premier plan dès lors. Les métaphores osées issues de la poésie qui célèbre la Dame posent problème. On récupère alors les chansons populaires en changeant le texte: les paroles osées deviennent des cantiques à la vierge Marie. Le succès est énorme. Des concours de poésie sont organisés. Voilà comment le compromis se forme. La tradition courtoise a été contenue en France mais a voyagé en Europe, notamment en Italie. La poésie qui avait été évacuée ressurgit alors. Les poètes écrivent sur l'amour. L'amour est le mot qui revient le plus. L'Eglise est en difficulté. Dans le contexte protestant de la Réforme, on engage les poètes à changer les poèmes gaillards en cantiques spirituels. Les poètes libertins se convertissent à l'amour de Dieu. Mais ce qui continue à intéresser le peuple c'est plutôt l'amour que Dieu.

 

En fin de compte, Tin constate que pour l'Eglise le problème est le sexe et pour les chevaliers le problème est le genre. La troisième résistance historique à l'amour homme/femme est médicale. La question de l'immoralité que mettait en avant l'Eglise est reprise, mais aussi l'idée chevaleresque que cela affaiblit les hommes. La raison proprement médicale est l'invention de la maladie d'amour. C'est une inflammation qui survient par les sens, la vue en général. Le sang bouillonne. Les médecins tentent de guérir cette maladie. La maigreur est un symptôme: les amoureux ne songent plus à s'alimenter. La chaleur nécessaire à la digestion et au sommeil est toute occupée à l'être aimé. Les femmes très amoureuses ne peuvent pas rester dans un état de chaleur sans risque de devenir des hommes. Si les semences de la matrice demeurent excitées et ne rencontrent pas la semence de l'homme, c'est l'hystérie. Il faut un remède. Les serviteurs des pièces de Molière le connaissent, c'est l'amour. L'amour homme/femme devient la norme sociale. Mais les médecins inventent l'érotomanie qui est une folie. Le nouveau mot inventé dès lors pour décrire cette maladie apparaît: c'est "l'hétérosexualité". En 1901, elle est définie comme un appétit anormal pour l'autre sexe. En 1923 le terme est défini comme une passion sexuelle morbide pour une personne du sexe opposé. Selon les médecins il y a 3 catégories: les normaux, les homosexuels et les hétérosexuels. Il faut s'aimer raisonnablement. Mais l'amour était célébré par tous, le terme d'hétérosexualité a pris le sens qu'on connaît aujourd'hui, dans son sens positif. La médecine a tenté de s'opposer en vain à l'amour homme/femme, tout comme la chevalerie et l'Eglise.

 

La culture hétérosexuelle est devenue la norme et la représentation culturelle majeure à travers tout ce travail historique d'opposition à son essor. L'hégémonie actuelle de la culture hétérosexuelle apparaît à Tin comme un paradoxe dès lors.

 

Il me semble que la psychanalyse naît historiquement à la lisière de l'invention de l'hétérosexualité comme norme. L'invention de la sexualité infantile et sa valeur étiologique dans les névroses me semble en continuité avec la question de la maladie d'amour. Il serait intéressant d'interroger alors la psychanalyse en lien à ce parcours historique de l'hétérosexualité hégémonique. Quand Freud théorise notamment le complexe d'Oedipe, c'est le couple homme/femme tel qu'il est conçu dans la culture hétérosexuelle qui est au coeur de la problématique du petit enfant. Du petit garçon pour être plus précis. Le reste (la fillette, l'Oedipe "homosexuel", les difficultés d'accession à l'Oedipe) est envisagé en relation à cette norme de l'Oedipe du garçon. Il ne me semble pas intéressant d'interroger en quoi Freud serait sexiste ou homophobe, dans la mesure où dans son contexte culturel et historique ils étaient la norme. Par contre il serait intéressant de se questionner sur la psychanalyse actuelle et comment elle peine à se défaire de ces normes d'antan sous prétexte que le père fondateur l'envisageait ainsi.

Par Poï Poï Poï
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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 15:45

Voici un ouvrage de plus sur ma pile de lecture:

 

Le sexe prescrit

la différence sexuelle en question

de Sabine Prokhoris, psychanalyste.

 

La psychanalyse serait-elle la gardienne de la " loi symbolique " ? Nombre de discours veulent nous en persuader. Car c'est " la différence des sexes ", dont la psychanalyse est supposée détenir la raison, qui serait l'alpha et l'oméga de notre humanité. Homme ou femme, il faudra donc qu'on se le tienne pour dit, et qu'on ne méconnaisse pas la " vérité " de l'ordre sexuel. Cet ordre pourtant est-il autre chose que l'effet, normatif, de certaines relations de pouvoir que l'on se garde bien d'interroger ? Effet très concret car il traverse la trame de chaque existence, en même temps qu'il sert de socle à la figure de la famille à laquelle notre organisation politique donne droit - et devoir - de cité. Le psychanalyste est en prise directe sur cet enjeu. Car, dans la perspective inaugurée par Freud et marquée par Lacan, il traite la souffrance psychique en sa relation avec l'inconscient. Or l'inconscient " discours de l'autre ", prescrit ce que nous sommes, et d'abord quand il s'agit de la sexuation. Mais cette prescription est à entendre au double sens du terme : injonction et décret d'oubli. Quelle sera, face à cela, la politique de la psychanalyse ?

 

Vivement cette lecture!

 

http://tv.yagg.com/files/2011/10/existrans2011-yaggtv-200x200.jpg

 

 

PS: 


« Celui qui promettra à l’humanité de la délivrer

de l’embarrassante sujétion sexuelle,

quelque sottise qu’il choisisse de dire, sera considéré comme un héros. »

S. Freud, Lettre du 17 Mai 1914

 

Par Poï Poï Poï
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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 15:23

En lisant la psychanalyste Joyce Mc Dougall, nous pouvons espérer approcher quelque chose de la complexité de la vie sexuelle sans en passer par les habituels poncifs qui opposent les gender studies et la psychanalyse.

 

Ces poncifs viennent en partie, me semble-t-il, de l'idée bien ancrée d'une binarité quasi obligatoire dans la sexualité. Être l'un ou l'autre, biologiquement, psychiquement, vouloir l'un ou l'autre, pour diverses raisons... Cette prétendue binarité conduit d'une part les lecteurs assidus de Freud et consorts à envisager toute forme de sexualité non phallocentrée et non hétérosexuelle, je dirais même non « pénétro-centrée » comme suspecte -et ce malgré la révolutionnaire sexualité infantile- et d'autre part les féministes et penseurs du genre à prendre un peu rapidement la psychanalyse pour une mascarade paternaliste de plus.

 

Dans Eros aux 1001 visages, Mc Dougall aborde ainsi la question de la différence des sexes : elle est précédée dans les premiers temps de la vie par la reconnaissance de l'altérité, celle-ci étant le fondement de la quête de solution qu'est la sexualité humaine. D'après Mc Dougall, il est erroné d'envisager cette découverte comme inhérente à la question oedipienne. Elle est là bien avant : la différence elle même est source d'angoisse pour le petit enfant, avant même d'être rattachée à la question de la différence sexuelle. L'autre nous angoisse quel qu'il soit.

 

Cela éclaire d'un autre jour la question oedipienne :

« A la phase oedipienne, dans sa dimension à la fois homosexuelle et hétérosexuelle, l'enfant est obligé de composer avec le désir impossible de posséder ses deux parents, d'appartenir aux deux sexes et d'incarner les deux organes génitaux. Au fur et à mesure qu'il assume son inéluctable monosexualité, le petit de l'homme doit compenser d'une autre manière son renoncement aux désirs bisexuels. »

 

Elle ajoute, concernant la différence :

« Notre sentiment d'identité ressemble à Janus en ce que sa construction s'établit d'un côté sur « ce qui me ressemble » et de l'autre sur « ce qui est différent de moi » (…). »

 

On remarque donc qu'émergent dès les premiers temps de la vie psychique ces deux pôles, dans ce que Mc Dougall nomme la « sexualité archaïque ». Ce sont les deux pôles qui fondent les binarités successives qui constituent la vie psychique : moi/non moi, dedans/dehors, actif/passif, féminin/ masculin, etc. Voici comment Mc Dougall reformule cette problématique :

« Étant donné que la plupart des enfants ont deux parents, on peut s'attendre, quel que soit leur sexe, à ce qu'ils soient attirés libidinalement par l'un et l'autre et souhaitent obtenir l'amour exclusif de chacun d'eux ; en fait, tout enfant voudrait posséder les mystérieux organes sexuels de l'homme comme de la femme, nantis de leur pouvoir fantasmé. L'une des blessures narcissiques les plus scandaleuses pour notre mégalomanie infantile nous est infligée par l'obligation d'accepter notre monosexualité biologique. »

 

Quand bien même il est possible de changer de sexe biologique, ou encore de se vivre dans un genre différent du sexe biologique qu'on a, il semblerait qu'il est impossible d'être les deux en même temps, de façon satisfaisante ?

 

Une chose est certaine, tout cela est socialement construit, autour de ces questions qui jalonnent les fantasmes des humains. Dès lors, cela éclaire d'un jour nouveau le sexisme dont les enfants font les frais au quotidien. Il serait peut-être trop effractant pour certains adultes de voir un petit affirmer au grand jour un désir qu'eux même refoulent depuis si longtemps. Par exemple, un petit garçon qui souhaite jouer avec des poupées, c'est fréquent. On peut imaginer après la lecture de Mc Dougall que le petit garçon se questionne sur son intérieur et désire y mette et porter des bébés, en faire, plein, seul, ou avec l'apport d'un autre, suivant toutes les variations possibles et imaginables. C'est probablement une « expérience » fantasmatique de grande qualité et fertile en débouchés. Mais la construction sociale intervient et ne fait pas de cadeau au petit garçon et à sa poupée... Le sexisme ne naîtrait-il pas fondamentalement de cette insupportable monosexualité?

Par Poï Poï Poï
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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 21:11

Pour patienter encore un peu, en attendant ces articles qui se peaufinent tranquilement au creux de mon disque dur...

 

Un séminaire qui me semble intéressant dans son intitulé, à voir:

 

Séminaire “Nouvelles Configurations Sexuelles”,

organisé par Beatriz Santos

Post-doctorante au Centre d’Études du Vivant, Allocataire de l’Institut Émilie du Châtelet

 

Il se déroulera en cinq séances, les mercredis 08/02, 15/02, 07/03, 14/03 et 21/03, de 18h à 20h, en salle 256A du bâtiment Condorcet,

4 rue Elsa Morante - Paris 13°- Métro - RER Bibliothèque François Mitterrand.

Ce séminaire propose d’examiner l’hypothèse d’une nouvelle cartographie des hétérosexualités. Nous partons de la critique féministe de la norme hétérosexuelle d’une part, et de l’analyse du processus inconscient de construction identitaire proposée par la psychanalyse de l’autre. Il s’agit de réfléchir à la convergence entre la notion de sujet sexué proposée par les études du genre et les théories psychanalytiques de la sexualité. Nous repérerons les transformations que ces deux avancées apportent à toute identité sexuelle, hétérosexualité incluse. Si les travaux disjoignant l’identité sexuelle du sexe biologique pluralisent le champ des nominations possibles et légitiment la critique de l’hétérosexualité comme contrainte, leur impact sur la (re)construction de l’identité hétérosexuelle ne devient-il pas un champ de recherche fructueux ? Autrement dit, les manières d’être femme et homme ne sont-elles pas aussi passibles d’être bouleversées par les nouvelles théories de la sexualité (et notamment par celles mettant en question l’hétéronormativité) ?

 

Thèmes des séances :

 
1-  Changements hétérosexuels : nouvelles identités, nouvelles hétérosexualités ?
2- Féminisme et hétérosexualité – politiques de l’espace privé
3- Corps, inscriptions corporelles et sexualités [avec la participation de l’anthropologue José Bizerril (UniCeub – Brasilia, Brésil)]
4- Topologies de la rencontre amoureuse – Qu’y-a-t-il dans le rapport sexuel ?
5- “All you queer is love”? Amour, sexualité et l’amitié comme mode de vie.

 

Renseignements : centredetudesduvivant.net

Par Poï Poï Poï
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Lundi 14 novembre 2011 1 14 /11 /Nov /2011 15:34

Pourquoi rescuciter ce blog de ses cendres?

Après moults échanges avec J-C Dardart sur le sujet, je me lance dans un projet d'écrire dont j'ignore encore quelle forme il prendra par la suite. Pour le moment, je me donne une visée assez large: celle d'écrire à propos des gender studies et de la psychanalyse, deux vastes champs qui m'occupent depuis des années. Mes réflexions ont besoin d'écho, d'où le format du blog, avec commentaires et tout le toutim. Ce blog la, car je suis finalement nostalgique... Cela dit, seule l'adresse reste, tout le reste a changé.

Je construirai ce blog au fil des questionnements, donc peut être que les choses changeront au fil du temps -je l'espère!- et que cette base sera restreinte ou débordée.

Je souhaite mettre en forme mes idées sur les flous de la psychanalyse concernant le genre, ayant constaté que dès lors qu'on touche à cette corde sensible qu'est l'identité sexuée, les psychanalystes eux même en perdent leur rigueur intellectuelle. On assiste alors à un débat d'idée assez pauvre, parfois même réactionnaire, non pas construit sur les textes et les idées mais sur des a priori assez flous et une logique soudain bancale.

J'ai donc pour ligne d'horizon ici de relire les textes analytiques en les passant au crible des apports des gender studies et de la théorie queer, entre autres. Le matériau commun à ces approche étant la subversion. L'idée c'est de dépoussiérer les mythes psychanalytiques empreints de patriarcat sur la sexualité. Je pense en effet qu'une orientation quasi unique a été prise pour parler et entretenir un dans un certain flou qui est à étudier, des notions de vie sexuelle, sexualité, identité sexuée, identité sexuelle. Cette orientation est celle d'une pensée patriarcale qui a le mérite d'orienter le débat clairement, mais qui ne suffit pas à traduire la réalité des recherches sur le sujet.

Je vais tenter pour commencer de retrouver les définitions de ce qui me servira à penser, pêle mêle des notions à creuser et à enrichir:

- le binaire et les couples d'opposés: le genre et sa construction sociale, la base biologique de la différence entre les sexes, les qualités sociales et psychiques attribuées au masculin et au féminin

- déborder les cases: le trans, la bisexualité psychique, la construction identitaire et sa déconstruction,

- l'infinité des possibilités identitaires: le queer, l'étrangeté, le décalage entre identité sexuelle, identité sexuée et sexualité

- le couple, la sexualité, l'infantile: un, deux, trois, le manque

Voilà qui me semble un bon début, pour attaquer le sujet. Le reste suivra sans doute...

 

Quelques références bibliographiques, n'hésitez pas à les enrichir:

 

Freud, Oeuvres complètes, dont pour commencer

Trois essais sur la théorie sexuelle

Pulsion et destin des pulsions

Un cas d'homosexualité féminine

 

Joyce Mc Dougall, Eros aux 1001 visages

 

Sous la direction de Jeanine Chasseguet-Smirgel, La sexualité féminine

 

Judith Butler, Gender trouble

 

Marie-Hélène Bourcier, Queer Zones vol. 1,2 et 3

 

Donna Haraway, Cyborg Manifesto

 

Claude Cahun, Ecrits

Par Poï Poï Poï
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